
Proserpine


Proserpine est une œuvre qui s’insère dans le sujet de l’Expo PSL 2025 « Liens » de plusieurs manières.
À savoir que, depuis l’Antiquité, le mythe de Proserpine en soi explore les liens entre mort et renaissance, hiver et printemps, et homme et nature puisque c’était la déesse elle-même qui symbolisait la fleuraison de la vie après les longs mois d’hiver. Enlevée par Pluton, et retrouvée par sa mère Cérès, les dieux délivrent leur jugement : chaque année Proserpine est censée passer six mois aux Enfers, le chagrin de Cérès causant la mort des plantes sur la terre, et six mois avec sa mère, causant ainsi le printemps et la récolte.
Ce compromis entraîne pourtant une contradiction terrible entre mort et vie, un lien brisé qui se révèle dans cette sculpture : une fertilité de pierre, avec des raisins qui ne donnent pas de vin, une fécondité stérile et trouée. Proserpine devient alors une divinité du renouvellement printanier qui semble pourtant un reste archéologique. L’esthétique ‘alla antica’ de l’œuvre, complétée avec des fractures artificielles, semble intensifier l’impression de mort que le spectateur ressent.
Néanmoins, Proserpine est une sculpture dynamique qui re/présente le printemps. La jeune déesse est percée par sa connaissance de la mort, mais elle subit une renaissance : une plante sort de la sculpture et donne la vie à l’œuvre en vérité. C’est une vie qui se transforme, qui perd ses feuilles avec l’hiver, qui achète le prix de son épanouissement à force de sa mort. Or, si l’on regarde par le trou qui casse le visage de la déesse, symbole de ce cycle mortel dont nous faisons tous partie, on verra une rose qui éclot dans le noir et semble dire : « Le printemps reviendra toujours. »
Enfin la genèse de cette œuvre témoigne du lien entre recherche académie et art. Proserpine est une sculpture qui est née d’une recherche que je menais sur la représentation grecque et latine du mythe de la déesse lors du séminaire d’anthropologie des mondes anciens de Mme Francesca Prescendi à l’EPHE pour mon master. Les représentations grecques du mythe sont harmonieuses et pacifiques lorsque les images romaines montrent une terrible violence : mon œuvre en est le lien, le compromis entre les deux : une violence harmonique, une tragédie archéologique.
Ian Charles Lepine – Ian CARLOS IRACHETA GARCIA