
Liens invisiblement visibles
Argentine – mai 2024 – photo argentique
J’ai pris cette photo à la volée, sans particulièrement attendre un résultat, mais ce regard est comme attaché, attiré, et fait d’elle un de mes clichés préférés. Ce regard boit les détails de la personne en face de lui. Si on ne peut entendre la conversation entre ces deux jeunes femmes, l’imagination que nous laisse développer ce regarde est immense. On s’interroge sur l’objet de leur conversation, sur les attaches qui les lient et les choses qu’elles ont pu partager et échanger.

Menton – avril 2023 – photo argentique
Dans les dédales de la ville de Menton, deux hommes discutent au pied de l’escalier de l’un d’eux, celui de droite on imagine. Celui de gauche est de passage, il est venu rendre visite à son ami. Peut-être assistons-nous à la naissance d’une amitié, ou alors à une relation cultivée de longue date. Ce qui est certain c’est que cet échange est léger, calme et joyeux.

São Paulo – février 2024 – photo argentique
Sur cette photo prise lors de la relève de la Polícia Militar brésilienne de São Paulo, deux mondes semblent s’interposer, parallèles et aveugles de l’autre, sans que rien ne les ramène à l’autre. Chacun est relié à une force ou un élément extérieur. Les policiers sont, par leur uniforme, reliés sans aucun doute à une entité supérieure dont ce morceau de tissus est le lien le plus tangible. Le monsieur au premier plan, lui, est relié par un cordon invisible à une dimension, un espace, qui excèdent la photo.
Œuvre globale : « Liens invisiblement visibles »
Ces trois photos représentent, chacune à leur manière, les traits d’union qui existent entre les humains. Ces liens s’expriment au travers de relations de partage comme sur les deux premières photos ou au travers de relations parallèles comme sur la troisième photo. Sur la première, on imagine aisément un lien entre Romane et Clara. Un lien parolier, un échange immatériel de regards et de paroles, mais aussi un lien matériel tenu et prolongé par cette barre en métal à laquelle chacune est accrochée. Sur la seconde, on imagine également un lien entre ces deux amis, ou peut-être ces deux inconnus. Enfin sur la troisième, on perçoit facilement les attaches humaines et matérielles qui se superposent. L’uniforme lie les policiers à leur fonction, à leur devoir et aux valeurs qu’ils défendent. Il les rattache aussi aux milliers d’autres policiers à travers le Brésil, ainsi qu’à la fonction universelle de Police. Le monsieur au premier plan lui, entretient, à travers cet objet matériel qu’est le téléphone, une appartenance invisible à l’œil nu.
Garance MICHAUT